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En survolant les débats du Forum économique mondial sur l'Afrique et face aux prévisions de croissance des pays africains, on pourrait conclure que l'avenir économique de l'Afrique est de bon augure. Mais, notons également qu'à chaque perspective positive évoquée, des obstacles potentiels et des pièges sont relevés.

De nombreux orateurs ont souligné que la roue est en train de tourner au profit de l'Afrique et que notre continent qui était jusque-là dépendant du reste du monde est en train de rendre le reste du monde dépendant de lui, une tendance qui est particulièrement avérée pour le secteur de l'agriculture. Paul Collier, professeur d'économie à l'Université d'Oxford, a commencé en soulignant que l'Afrique possède une grande opportunité de croissance économique en partie grâce à ses échanges commerciaux et aux investissements en provenance des économies asiatiques. Mais il met en garde sur le fait que cette opportunité devrait être traitée efficacement et prudemment.

L'importance des investissements, de la bonne gouvernance et de l'épargne ont été mis en évidence lors du Forum. Un autre thème récurrent était l'importance d une collaboration régionale accrue et de l'autonomisation des petits exploitants agricoles et des petites et moyennes entreprises (PME), ainsi que la nécessité de conserver et renforcer le secteur agroindustriel au sein du continent.

Faisons le point sur les principaux points relevés lors du forum : les secteurs qui stimuleront la croissance économique de l'Afrique, les opportunités d'investissement actuelles, les points d attentions et les principaux défis identifiés.

Les opportunités d'investissement et les secteurs vitaux pour maintenir la croissance en Afrique

Quatre secteurs ont été au centre des discussions du Forum économique mondial sur l'Afrique : l'agriculture, l industrialisation, les infrastructures et les ressources naturelles. L'importance de la technologie pour l'ensemble de ces secteurs a été particulièrement mise en évidence.

Le secteur agricole

L'agriculture reste un domaine clé pour la croissance et l avenir de l Afrique. Ce constat était général et catégorique, avec des déclarations récurrentes telles que « le monde ne peut pas se nourrir sans l'agriculteur africain ». Parmi les points clés, les orateurs ont relevé que le secteur de l'agriculture a besoin de politiques et de gouvernances probantes, que l'agro-alimentaire doit être conservé au sein du continent, que l'Afrique doit davantage s'engager dans la chaîne d'approvisionnement mondiale, et mieux prendre en compte les petits agriculteurs. Dans ces efforts, les gouvernements nationaux jouent un rôle crucial. Il est essentiel que les gouvernements fournissent aux agriculteurs la technologie nécessaire, les semences, les engrais et investissent dans la recherche agricole pour développer des outils et procédés appropriés aux différents types de sols, contribuant ainsi au développement durable de l'agriculture.

Il est important pour l'Afrique de s'engager dans la chaîne d'approvisionnement mondiale. Plus de nombreuses autres régions du monde, l'Afrique a le potentiel d'augmenter la valeur nutritionnelle de l'approvisionnement alimentaire mondial grâce à la diversité des cultures à travers le continent. Au lieu d exporter du concentré de fruits puis d en importer le jus, ou d exporter du coton puis d importer des vêtements, l'Afrique doit être en mesure de suivre l intégralité de la chaîne de valeur. Toutefois, pour que les agriculteurs africains soient en mesure bénéficier de leurs précieuses contributions à l'approvisionnement alimentaire mondial, la chaîne de valeur dans l'agriculture doit être abordée de manière holistique. Il est nécessaire de s intéresser à l'ensemble du processus depuis la mise en semence de graines jusqu à la mise sur le marché, et de ne pas traiter séparément chaque composante. Cela signifie un accroissement de la valeur économique au niveau local. Pour ce faire, l'importance de l'agro-industrie a été soulevée à plusieurs reprises. L'Afrique ne peut continuer à n être qu un producteur primaire. Au lieu d exporter du concentré de fruits puis d en importer le jus, ou d exporter du coton puis d importer des vêtements, l'Afrique doit être en mesure de suivre l intégralité de la chaîne de valeur. Pourquoi exporter toutes ces possibilités d'emploi ? Afin de traiter cette question efficacement, il est nécessaire d'inclure les entreprises locales et le secteur privé.

Des structures financières nationales sont également essentielles. Un financement adéquat pour chaque composante de la chaîne d'approvisionnement devrait être mis à disposition. L accessibilité des banques transactionnelles (pour lesquelles l'Afrique a fait un excellent travail au niveau des services bancaires mobiles), de l'épargne et des succursales bancaires est un facteur important. Si la question du capital n'était pas directement au centre des préoccupations, la nécessité de maintenir le capital au sein du continent a été soulevée. Le développement de l industrie de fabrication, des infrastructures et la facilitation du commerce intra-africain, ont été identifiés comme étant essentiels à la réalisation de cette conservation du capital.

La conférence a beaucoup insisté sur le rôle important que les opérations agricoles à petite échelle peuvent jouer dans la croissance des secteurs agricoles africains. Ce ne sont généralement pas les petits agriculteurs qui génèrent la plupart des risques. Comme Berry Martin, membre du Conseil exécutif du groupe Rabobank aux Pays-Bas, l a expliqué, ce sont plutôt les investissements dans des exploitations agricoles plus grosses sur lesquels le groupe Rabobank a perdu de l'argent, et pas dans les petits et moyens investissements. Il est donc crucial d'engager, d'intégrer et de transformer les petits agriculteurs afin qu'ils puissent attirer davantage d'investissements. Les petits agriculteurs ont besoin d'être organisés et mobilisés comme force de travail en vue d'accroître leurs capacités et leur compétitivité.

Les infrastructures

Bien que l'accent ait été particulièrement mis sur le secteur de l'agriculture en tant que domaine primordial pour la croissance économique et l'investissement en Afrique, l'infrastructure est considérée comme un moyen d avoir une économie industrialisée, d'en réaliser la transformation et d accroître la croissance de l économie africaine. De fait, les risques associés aux investissements dans les infrastructures et le fossé entre l'engagement du secteur privé et public ont fait parti de l'agenda du Forum.

Alors que les orateurs étaient souvent en désaccord sur la question de la séparation des investissements du secteur privé et public, Les orateurs s accordaient sur la nécessité de dialogue entre le secteur public et privé en ce qui concerne la coopération pour le développement des infrastructures.ils s accordaient sur la nécessité de dialogue entre le secteur public et privé en ce qui concerne la coopération pour le développement des infrastructures.

Puisqu il semble peu probable que le secteur privé soit capable de combler le déficit d'infrastructures en Afrique, le secteur public devra se tailler la part du lion de la contribution au développement des infrastructures. Toutefois, il ressort qu un agenda commun entre les secteurs public et privé permettrait d investir dans des infrastructures plus attrayantes et qu un vrai partenariat pourrait minimiser les risques et augmenter les retours sur investissement.

Le secteur manufacturier

Le secteur manufacturier est un élément clé de la transformation économique en Afrique. Aucun pays dans le monde n a réussi à améliorer son niveau de revenu en ne s'appuyant que sur l'exportation de matières premières sans un secteur manufacturier suffisamment solide. L'industrie manufacturière est très importante pour l'avenir économique de l'Afrique, car elle peut contribuer de manière substantielle à la résolution :

  • des problèmes liés à la faible croissance des produits intérieurs bruts (PIB) africains,
  • du fléau du chômage,
  • et des problèmes de balance des paiement.

Jusqu'à présent peu de progrès ont été faits dans le secteur manufacturier en Afrique. Néanmoins, William Hickey, patron de l'entreprise de conditionnement Sealed Air, a souligné que l'Afrique, avec son marché de près de 900 millions de consommateurs, a la capacité de devenir un succès manufacturier. Cependant, les principaux obstacles à la réussite de ces industrialisations sont le manque d'infrastructures, d'industries de fabrication à grande échelle, de collaboration régionale et de stabilité politique. Les projets d industrialisation doivent être transformés en vue d'attirer davantage les investisseurs puisque le financement reste un problème critique.

Néanmoins, la crise économique européenne et la croissance lente d un certain nombre de grandes économies mondiales auront un impact significatif sur l'investissement étranger dans les économies africaines. Les investissements à long terme devront commencer au niveau national pour que les investisseurs internationaux soient prêts à prendre des risques.Les investissements à long terme devront commencer au niveau national pour que les investisseurs internationaux soient prêts à prendre des risques.

Parmi les autres priorités pour un secteur manufacturier efficace, se trouve la nécessité d'intégrer les politiques industrielles avec les politiques commerciales et d'investissement. En outre, le Forum a souligné la nécessité de partenariats stratégiques entre l'État et le secteur privé. L'investissement dans le capital humain pour une main-d'Suvre plus qualifiée est également essentiel pour que le secteur manufacturier de l'Afrique devienne compétitif au niveau mondial.

Les ressources naturelles

Sur le thème des ressources naturelles de l'Afrique, l'économiste Paul Collier a commencé par comparer l'Afrique à l'Allemagne d'après-guerre. Paul Collier and Mohamed Lamine Fofana au Forum économique sur l'Afrique 2012A l'époque, l'Allemagne avait été contrainte d'établir des règles et des institutions solides, afin de s'assurer que plus aucune guerre n éclaterait. Selon Collier, c'est là que l'Afrique en est aujourd'hui : dans une situation où des règles et des institutions solides sont incontournables pour traiter efficacement les défis liés aux nouvelles découvertes de pétrole et de gaz, en particulier.

Les participants ont également souligné l'importance de surveiller les politiques nationales dans des domaines tels que le secteur minier. Bien évidemment, la bonne gouvernance et la transparence restent une primordiales.

De plus, l'épargne des gouvernements, associée aux investissements intérieurs, est un élément clé du chiffre d'affaires des ressources naturelles pour les pays africains. Les sociétés minières engagent, dans une large mesure, le dialogue avec les communautés locales, par exemple, en contribuant à la chaîne d'approvisionnement locale de biens et de services dans le secteur minier. Les corridors de développement ont également été pointés.

Points d'attentions : Il faut plus de coopération intra-africaine, plus de diversification et une meilleure gouvernance

Quelques-uns des pièges à éviter pour maintenir la croissance et l'investissement sont le manque de diversification économique, l'afflux des investissements, l'expertise technique et les règlementations gouvernementales.

Au cours du Forum, l'Angola et l'Éthiopie ont été identifiés comme les deux économies ayant les croissances les plus rapides en Afrique. L Angola, qui est riche en ressources naturelles, et l'Ethiopie, qui est relativement pauvre en ressources, sont les deux pays bénéficiaint des plus gros financements en infrastructures en provenance de la Chine.

Eliminer les frontières artificielles

Cependant, les points d attentions ne doivent pas être définis en termes de pays uniquement. Martyn Davis, PDG de Frontier Advisory en Afrique du Sud, a fait valoir que les points chauds doivent être analysés par projets, secteurs et typologies de consommateurs. De la même manière que les frontières nationales sont artificielles par construction, les économies au sein de ces frontières le sont également. Il ne faut donc pas se limiter à un marché national, mais plutôt se concentrer sur l'endroit où une activité économique prend place.

Les panélistes ont appelé à la coopération régionale en Afrique en général et au sein de l'Afrique de l Est en particulier, qui a été décrite comme une région remarquable. Selon Jay Irlande, le patron de GE Africa, l Afrique de l'Est est intéressante du fait qu'elle n'est pas aussi riche en ressources que l Afrique de l'Ouest et l Afrique australe et a donc été contrainte de bâtir des économies solides, sans ressources naturelles. La coopération à l'intérieur de cette région de l'Est est essentielle pour assurer un meilleur avenir économique à l'Afrique. Le renforcement de la coopération en Afrique australe serait également profitable. En effet, il a même été suggéré que le « S » de BRICS devrait représenter l'ensemble de l'Afrique australe afin que l Afrique du Sud soit en mesure de s'engager efficacement face à ses compagnons des BRICS.

Lorsque les participants ont été invités à identifier quelques pays économiquement stratégiques, ils ont choisis l'Ethiopie, le Rwanda, le Ghana et le Kenya. D'autres pays mentionnés étaient le Soudan, l'Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Nigeria et l'Angola. Tous les pays ont été mentionnés sans tenir compte des facteurs politiques.

Diversifier les économies

La récente croissance économique impressionnante que l'Afrique a connue a été tributaire des prix élevés des matières premières. De nombreux pays africains ont encore besoin de diversifier leurs économies pour devenir moins vulnérables à la nature volatile des prix des matières premières et à la demande sur le marché mondial. Pour favoriser la diversification économique, une augmentation des investissements est nécessaire puisque la croissance de tous les secteurs économiques est dépendante de l'investissement en tant que source de financement. En outre, l'Afrique reste fortement dépendante de la Chine, qui continue d'en être un investisseur et un prêteur très important. Mais, un ralentissement de la croissance économique de la Chine affecterait négativement le marché africain et sa croissance.

Développer une expertise technique et former les jeunes

Afin de favoriser le développement économique productif, la baisse des taux de chômage est impérative. Il existe une pénurie d'expertise technique, de formation technique et de techniciens formés sur le continent. Pour s'assurer que l'Afrique détienne un nombre suffisant de main-d Suvre qualifiée afin de stimuler sa croissance économique, la jeunesse africaine a besoin d'être formée, bien organisée et structurée.

Améliorer le climat des affaires

La gouvernance continuera de jouer un rôle important dans l'avenir économique du continent. Les gouvernements doivent agir de façon responsable et contribuer à rendre le climat des affaires plus attrayant pour favoriser les investissements. Certains participants ont fait valoir que la réglementation gouvernementale dans certains pays et secteurs continue à freiner la croissance africaine.

Analyste sur Nextafrique.com.

L. Trame a travaillé au sein de plusieurs banques d'investissements de la place de Paris. Ses centres d'intérêts sont l'économie, la finance de marché et les nouvelles technologies.